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Le blog : Médecine chinoise et sexualité

La sexualité est considérée en médecine traditionnelle chinoise comme l'une des composantes fondamentales de la longévité, au même titre par exemple que l'alimentation. Même si parfois, en certains endroits, et à certaines périodes, la sexualité a pu constituer un tabou dans la société chinoise, elle n'en reste pas moins un acte de santé. Les trois grands courants qui ont forgé la culture chinoise l'abordent : chez les confucéens elle emprunte une voie morale, chez les taoïstes elle revêt une dimension médicale et chez les bouddhistes elle porte un volet spirituel. Ces trois visions pour les chinois non seulement ne sont pas antinomiques mais se combinent, dans la recherche d'un équilibre harmonieux.
En Occident, la sexualité est devenue un bien de consommation comme un autre. Elle est assujettie à un commerce lucratif, qu'elle en soit l'objet ou le support. Les récentes études et documentaires sur le sujet, suggèrent de manière alarmante que les nouvelles générations y accèdent de manière trop précoce et inappropriée, qu'elle répond à une initiation sous le joug d'une « mode » malsaine, transformant ces adolescents en des adultes dont la sexualité n'est plus épanouissante comme elle devrait l'être, mais plutôt asservissante.

Mais qu'est-ce alors, selon les anciens, qu'une sexualité épanouissante et par extension, gageure d'une bonne santé ?

De nombreux traités nous renseignent à ce sujet.

Le Classique de la jeune fille simple nous avertit dès les premières pages, que l'absence de sexualité, au même titre qu'une sexualité mal pratiquée, conduit à une mort prématurée. Rien moins.
Comme le rappelle notre vieil adage occidental « l'excès en rien n'est bon. »
La sexualité, donc, au même titre que l'alimentation ou le sommeil ne saurait être supprimée, sous peine de voir son équilibre physiologique et psychique lourdement altéré. Chez les hommes, un désir inassouvi peut directement impacter le foie par exemple, provoquant une surpression menant à l'irritabilité, la colère voire la violence. Chez la femme, les menstruations permettent d'évacuer une part de la surpression. Elle ne doit cependant, pas refouler son désir.
A l'inverse, la sexualité ne saurait non plus être pratiquée avec excès. A ce sujet, notons que les textes classiques indiquent que le surmenage peut conduire à un état de vide, et ce surmenage peut être de trois type : intellectuel, physique ou sexuel. Comme toujours, c'est la recherche d'équilibre et d'harmonie qui prime. Le surmenage sexuel tout autant que le reste, est susceptible de blesser le corps. A titre d'anecdote, citons le Ruyijun zhuan (如意君傳), conte érotique daté de la dynastie Ming et traduit sous le titre The Lord of Perfect Satisfaction (Le Seigneur de la satisfaction parfaite). Le conte retrace le règne de Wu Zetian, impératrice de Chine, qui, d'après la nouvelle (historiquement contestable) aurait gagné le trône suite au décès de son époux. La mort de l'Empereur y est attribué à un déclin énergétique, causé par l'insatiabilité de la Dame.

Emergent alors deux questions :

1-  Qu'est-ce qui définit le surmenage ?
Chez l'homme, cela peut se manifester par des symptômes survenant directement après les rapports (vertiges, céphalées, « mouches » devant les yeux...). Chez la femme, le seul fait d'avoir un rapport sans désir constitue en soi un excès.

2-) Comment pratiquer le Dao, c'est-à-dire l'acte sexuel ?
En premier lieu, tout trouble de la libido (impuissance, problèmes érectiles, absence de désir mais aussi addictions, excès dans les pulsions, manque de contrôle) signe un dysfonctionnement qu'il convient de ne pas négliger.
L'acte sexuel doit être pratiqué à deux, et ne doit pas être dénué d'amour, même s'il n'est pas nécessaire d'être amoureux. Il doit répondre à un désir profond, venant des reins, et non pas être stimulé artificiellement (recours à la pornographie). Vision purement médicale, il faudrait dans l'idéal avoir des partenaires plus jeunes que soit, et jouissant d'une bonne santé afin de puiser dans leur réserve énergétique. Ainsi, un homme souhaitant vivre vieux doit avoir plusieurs jeunes épouses et concubines, ni trop maigres, ni trop charnues, et jouir sans éjaculer (le sperme étant le support du jing, essence vitale de l'homme, il faut « l'économiser »). Ceci est tout autant valable pour la femme. Bien que les sociétés patriarcales antiques n'aient guère vu d'un bon œil la liberté sexuelle des femmes, le Traité de la tigresse blanche aborde la question de l'entretien du jing, du qi et du shen (les 3 trésors) chez la femme par une sexualité particulière.
Plus encore, en fonction des pathologies, les textes classiques nous indiquent la fréquence des rapport et les positions à pratiquer.

On comprend bien qu'en tant que telles, les prescriptions antiques ne sont guère compatibles avec notre culture et ne sauraient en aucun cas constituer un dogme « ésotérico-médical ». On peut toutefois en retirer quelques leçons importantes :

  • une bonne santé doit s'exprimer à travers un désir régulier, issu des reins,
  • l'acte sexuel doit être pratiqué en conscience, sans excès, dans l'amour et le respect de l'autre.

Bibliographie 

  • La souplesse du dragon   Cyrille J.-D Javary, éd. Albin Michel, 2017
  • Les enseignements sexuels de la tigresse blanche   Hsi Lai, éd. Trédaniel, 2019
  • Les enseignements sexuels du dragon de jade   Hsi Lai, éd. Trédaniel, 2019
  • Classique de la jeune fille simple   auteur anonyme, éd. You Feng, 2014
  • Lord of Utmost Satisfactoriness   Ruyijun Zhuan, Changling Xu, éd. University of Hawai'i press, 2003
  • Jing Ping Mei : Fleur en fiole d'or   auteur anonyme éd. Gallimard, 1985
  • Film documentaire « Préliminaires »   réal. J. Talon, prod. Arté France

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