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« L'alimentation est notre premier médicament ». On prête volontiers cette maxime à Hippocrate et nul ne saurait la contester. Même s'il ne l'a très probablement pas énoncée telle qu'elle, il n'en reste pas moins vrai que l'alimentation joue pour lui un rôle fondamental dans le fonctionnement de notre corps. Le fameux serment d'Hippocrate contient d'ailleurs à l'origine une mention concernant l'alimentation « Je ferai servir suivant mon pouvoir et mon discernement le régime diététique au soulagement des malades », mention qui de manière tout à fait surprenante n'apparait plus dans la version actuelle de l'Ordre des Médecins. Et pourtant, qu'il s'agisse de la construction de nouvelles cellules lors de notre croissance ou, parvenus à l'âge adulte de la régénération de certaines de nos cellules, l'alimentation n'est-elle pas l'essence même de ce que nous sommes?
Les avancées technologiques nous ont conduit à un degré de compréhension de la physiologie humaine sans précédent, ainsi qu'à une capacité de diffusion de l'information comme jamais ce ne fût le cas auparavant. Aussi, pourrions-nous légitimement penser que nous aurions drastiquement réduit les maladies et désagréments en lien avec une alimentation inadaptée. Ce n'est évidemment pas le cas.
Cela tient tout d'abord, à ce que l'alimentation entre dans le cadre d'une démarche personnelle sur laquelle le thérapeute n'a que peu ou pas de prise. Cela suggère une volonté et une rigueur suffisamment fortes pour ne pas céder aux envies, exacerbées par une publicité omniprésente.
En outre, s'il est vrai que l'accès à l'information est devenue extraordinairement facile, le corollaire en est que la profusion d'informations - parfois contradictoires - devient un frein à la bonne volonté des personnes qui souhaitent devenir actrices de la gestion de leur santé. La preuve en est la multitude de régimes proposés au profane: dukan, cétogène, sans gluten, sans lactose, végétarien, végétalien, crudivore...nous laissant en définitive bien démunis lorsque nous décidons prendre notre alimentation en main.
Il est intéressant en préambule, de noter que la mythologie chinoise fait apparaître pour expliquer les débuts de la civilisation, trois personnages - les trois augustes - dont Shennong, le «divin laboureur», qui aurait vécut 2800 ans avant Jésus-Christ. De ce personnage, il est dit que son abdomen était transparent, ce qui lui aurait permis de voir l'action des plantes et aliments sur son organisme. De cette science expérimentale, serait ainsi né l'un des ouvrages majeurs de la médecine chinoise (a priori rédigé sous la dynastie Han), le Shennong Ben Cao Jing 神农本, le Classique de la matière médicale du Laboureur Céleste.
Quelques siècles plus tard, Sun Si Miao, médecin et alchimiste taoïste chinois (dont l'existence est, elle, avérée), rédigeait le Beiji qian jin yaofan 千金要方, Prescriptions essentielles valant mille pièces d'or. L'ouvrage rassemble les connaissances médicales de l'époque et fait la part belle à l'alimentation, outil tant curatif que préventif. Soulignons pour la petite histoire que Sun Si Miao s'est éteint à l'âge vénérable de 101 ans, et a été par la suite vénéré comme le divin Roi de la médecine 药王.
De ces enseignements ressortent plusieurs éléments de réponses à cette question fondamentale : que dois-je manger afin de me soigner ou tout moins, de préserver ma santé et mon bien-être ?
Ainsi, le sujet de l'alimentation ne se résume plus seulement à la diététique (« partie de la médecine et de l'hygiène qui s'occupe d'adapter le régime alimentaire aux besoins particuliers des individus »*), dans une logique préventive de la maladie, mais s'engage plus loin encore avec l'affirmation de l'existence d'une véritable diétothérapie (littéralement « traiter/soigner par l'alimentation »), avec une acception véritablement curative.
* définition donnée par le dictionnaire Larousse

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