
C'est au détour de la rue des Cordeliers, à Aix en Provence, que se trouve l'une des rares et dernières véritables librairies. De celles dont on pousse la porte pour le plaisir des livres bien sûr, mais surtout, pour le conseil de la libraire qui aime ses livres, les connait et sait apporter à chaque petit lecteur, l'histoire qui le fera frémir d'émotions. Petit lecteur car cette librairie est dédiée à la littérature jeunesse. C'est pourtant là que tout à fait par hasard, j'ai découvert pour mon plus grand plaisir : Le Clan des Otoris, que je souhaite partager avec vous.
Le Clan des Otori est une saga composée de 5 livres publiés à partir de 2002 : Le silence du rossignol, Les neiges de l'exil, La clarté de la lune, Le vol du Héron et Le fil du destin.
L'ouvrage retrace la quête initatique de Takeo, jeune garçon aux origines mystérieuses et aux dons exceptionnels. Ces dons, le destin les lui fera mettre au service d'Otori Shigeru, seigneur de l'une des terres des Trois-Pays, en prise avec le cruel chef de guerre Iida. Viennent se mêler les prérogatives de la Tribu, organisation criminelle s'arrogeant des droits sur la personne de Takeo.
Le roman est un véritable récit épique, n'étant pas sans rappeler les aventures homériques, celles des chevaliers de la table ronde ou encore de l'heroic fantasy, dont le Seigneur des Anneaux représente l'un des ouvrages parmi les plus célèbres. Plusieurs éléments l'en distinguent toutefois.
Tout d'abord, le cadre dépaysant dans lequel se déroule l'intrigue : non, le charme oriental n'est pas suranné, et l'Asie n'a de cesse de nous fasciner. Bien que la terre des Trois-Pays soit sans nul doute une contrée imaginaire, elle ressemble par bien des aspects au Japon de l'ère Edo. On y retrouve l'organisation féodale de l'époque, très hiérarchisée, sous forme de castes. Les relations et divergences entre seigneurs et membres de la Tribu ne sont pas sans rappeler celles établies entre samourais et shinobi (plus connus sous l'appellation de ninjas). Enfin, le sort des Invisibles coïncide avec celui des kakure kirishitan (chrétiens cachés).
Par ailleurs, concernant la forme, bien que le roman soit dense, l'écriture se veut épurée, élégante, poétique, à l'image du Japon romantique dont nous nous berçons. Ceux qui ont lu avec avidité les romans fleuves de la littérature classique asiatique tels que « Au bord de l'eau » ou « La pierre et le sabre » retrouveront quelque chose de ce style si particulier.
A qui s'adresse cette lecture ? Chaque parent sera à même de se forger une opinion. Pour autant, à mon sens, bien que présent au sein de la littérature jeunesse, le Clan des Otori n'est pas à mettre entre les mains de trop jeunes lecteurs. D'abord parce que l'histoire n'est pas dénuée de violence (certaines scènes de combat et de mise à mort étant parfaitement relatées), ensuite parce que la sexualité y est bien présente. Abordée sobrement, elle n'en reste pas moins explicite.
L'ouvrage est donc destiné à un public de grands adolescents et sans réserve, à tous les adultes adeptes du genre.
Bonne lecture donc, à ceux qui se lanceront !
